mercredi 14 mai 2014

Histoire des vitraux de la Chapelle Saint-Siméon à Portbail dans le Cotentin

Jacques est membre hautboïste de la Bande des Hautbois depuis quelques années. Mieux qu'une présentation, je vous recommande la lecture de son interview dans la série "Les membres et amis de La Bande : Mais qui sont-ils?" dont il fut le héros du 3ème épisode (lien). A l'époque, nous vous parlions d'un autre de ses talents... Il est temps maintenant de découvrir quel art il pratique. 


Je vais vous raconter l’histoire des vitraux de la Chapelle Saint-Siméon. J’avais à peine dix ans, je jouais de la clarinette dans la petite musique municipale de Portbail où je suis né.


Elle s’appelle le « Réveil de Portbail ». Depuis qu’elle existe, à chaque grande fête du village, les musiciens se déplacent de hameau en hameau, à partir de 7 heures du matin, pour jouer une petite aubade.
Du printemps à la fin de l’été, nous jouions dans toutes les fêtes des villages alentours : messe en musique, petite aubade, défilé dans l’après-midi et retraite aux flambeaux le soir.
Il ne m’avait pas échappé que, dans toutes les églises, il y avait des vitraux sauf dans la chapelle Saint-Siméon dont les fenêtres étaient même en très mauvais état.




 





Les années ont passé, et lors de la dernière formation professionnelle, peu avant mon départ de l’entreprise, un matin, arrivé beaucoup trop tôt, je cherche à tuer le temps et je vois qu’à côté, il y a une exposition. Ce n’est pas encore ouvert, mais il y a quelqu’un. J’explique ce que je fais là, on me laisse entrer, je visite. En sortant, le responsable de l’exposition me demande ce que j’ai préféré, la réponse fuse : les vitraux ! Il me propose de participer à un stage de vitrail.
J’effectue un premier puis un second stage, j’installe un atelier, je fouille internet pour trouver tous les tutoriels de formation au vitrail et je travaille. Je fais des vitraux, je me perfectionne, je coupe quelques milliers de pièces que j’assemble en vitraux. 

 



A dix mètres de chez moi vit Cris. Il peint, c’est plus qu’un passe-temps, c’est son carburant. Son père était artiste peintre et les gènes ont été transmis. Il me montre les photos des vitraux créés par son père pour l’église de Méréville dans l’Essonne.
Une phrase est prononcée : « Ce serait bien qu’un jour, on puisse trouver un projet à réaliser tous les deux ».
 
Bien que ne vivant pas à Portbail, je suis les évènements qui s’y produisent. J’apprends qu’une association s’est créée : Les Amis de la Chapelle de St Siméon. Le but est de maintenir la chapelle en bon état.
Ils ont fait des recherches sur le passé de la chapelle, entre autres, la fête mariale de la Pentecôte qui réunissait, chaque année, des centaines de personnes pendant plusieurs jours et ont fait renaître cette fête.
Afin de trouver des fonds pour entretenir la chapelle, ils organisent une crèche vivante à Noël et d’autres manifestations pendant l’année.
La relation est faite. L’idée de proposer mes services a jailli. J’en parle à Cris qui est tout de suite séduit. Je prends donc contact avec Maurice, le Président de l’Association des Amis de Saint-Siméon et un rendez-vous est pris sur place.
Je présente quelques pièces, on discute des principes du projet : l’Association fournira le verre, le plomb. J’offre mon temps, le matériel, mon savoir-faire et les produits chimiques et Cris offre le sien pour les dessins.
Cris dessine huit vitraux qui représentent la vie de Siméon, le rattachement de Saint-Siméon à Portbail et un sujet libre.
A priori, les vitraux seront sans peinture, je ne suis pas équipé car pour un particulier, c’est un gros investissement.
Je fais donc un devis avec du verre industriel et nous attendons les autorisations de la part de l’Evêché. Pour cela, un dossier plus complet (avec les images des vitraux) est présenté.
Cris passe alors ses week-ends et ses nuits à dessiner et à peindre. On discute faisabilité, on retouche, on peaufine et en juin 2013 le projet est accepté.
Les dessins sont complétés et le travail du vitrailliste commence.
Je prépare la commande pour le verre et le plomb. Pour cela, il faut faire des gabarits, les dessins sont décalqués, chaque pièce est numérotée, par vitrail, par panneau. Un code de couleur est indiqué pour chaque pièce. 
 
découpe du verre
Je regroupe les pièces par couleur, je mesure, et la nomenclature est rédigée : 25 couleurs par verre, réparties sur 8m2 de verre, 200 m de plomb, 4 kg de soudure, 25 kg de mastic.
Difficile de trouver les 25 couleurs en verre industriel, je m’adresse donc à un autre verrier plus spécialisé avec du verre soufflé à la bouche, un choix de couleurs quasi infini… mais pas au même prix… on y va quand même.


recoupe du verre


Quelques jours après la commande, je prends possession du verre : 50 feuilles ! Mon atelier est rempli de verre, il y en a partout ! il est magnifique, plein de bulles de gaz qui étincellent à la lumière, la profondeur des couleurs est exceptionnelle…..



  
Le travail va bientôt commencer. Il faut bien sûr remettre dans les enveloppes, les 2100 gabarits triés par couleur. Je les trie aussi par vitrail puis par panneau de vitrail : 2100 pièces à répartir dans les 21 panneaux, journée puzzle …………

 On se rendra compte très rapidement que plusieurs vitraux ne peuvent pas être présentés sans peinture. C’est un moment important et une décision s’impose. Je m’équipe d’un four, d’une boîte à lumière, et des fameux pinceaux de vitrailliste : les blaireaux, les putois, les sangliers et autres animaux de la forêt font alors irruption dans mon atelier.


grisaille

Les peintures des verriers font plus appel à la chimie qu’à la peinture, les cycles de cuisson sont plus délicats. Je fais appel au Centre International du Vitrail de Chartres afin de m’aider à maîtriser le sujet. Une formation est programmée et enfin, je suis prêt à putoiser, à blaireauter, à cuire les jaunes d’argent, les grisailles et les émaux.





Le travail peut commencer. Je coupe, je meule, je plombe, je soude, je mastique de septembre 2013 à mi-février 2014 et enfin le dernier panneau est sur ma table de montage. Encore deux semaines de nettoyage complet et c’est fini.

mise en plomb
soudage
stéarine

J’aurai travaillé environ 1000 heures sur la réalisation des vitraux.
 
 





La mise en place est prévue vers Pâques ; toutefois, un évènement indépendant de ma volonté reportera le montage mais tout sera prêt pour l’inauguration prévue pour la fête de Saint-Siméon, à la Pentecôte 2014.
La fête devrait être belle, concert avec la Bande des Hautbois avec un programme composé de pièces inédites, messe en musique…. Plus toute la charge émotionnelle qui va s’en dégager… Un grand moment se prépare !











Jacques


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