vendredi 9 novembre 2018

Un concert exceptionnel !


C'était samedi 20 octobre 2018 à la Chapelle Royale de Versailles*


Jean-Baptiste LULLY (1632-1687) - Te Deum
Heinrich Ignaz Franz BIBER (1644-1704) - Missa Salisburgensis

Collegium 1704 et Collegium Vocale 1704 de Prague avec les Pages du CMBV, dirigés par le chef tchèque,  Vaclav Luks.



Finalement, des concerts exceptionnels il y en a régulièrement, soit un soliste hors norme, soit un orchestre particulièrement brillant ou un chef inspiré, soit encore un ensemble ou des interprètes rares au concert, mais là nous allons parler d’une œuvre exceptionnelle aux dimensions particulièrement hors normes.

Je prends la liberté de citer un bref passage du commentaire du chef V. Luks figurant dans le programme.
« La Missa Salisburgensis de Biber, écrite en 1682, est une œuvre unique dans le répertoire baroque, et du point de vue de son effectif, la plus volumineuse partition des XVII° et XVIII° siècles. On dénombre cinquante-trois voix divisées en deux chœurs, six ensembles instrumentaux, comprenant entre autres, seize solistes, dix trompettes et deux timbales, sans compter tous les autres instruments que Biber avait à sa disposition pour concevoir cette œuvre inspirée par l’espace de la Cathédrale de Salsbourg. »

Heinrich Ignaz Franz Biber
(1644-1704)
Bien sûr il y a des effectifs colossaux dans le Requiem de Berlioz ou sa Symphonie funèbre et triomphale, ainsi que chez Malher pour la Symphonie dite « des mille » ou bien pour la Sinfonietta de Janacek avec ses 12 trompettes, toutes des œuvres romantiques ou du XX° siècle. Mais aujourd’hui, il s’agit d’une œuvre de la période baroque à 53 voix distinctes !


… un petit pas en arrière …
J’ai connu cette œuvre superbe il y a déjà pas mal d’année, en 1974, par un vinyle 33t.
Hé oui, presque la pré-histoire ! à tel point que l’auteur n’avait pas encore été identifié et que l’enregistrement du Collegium Aureum et du Tölzer Knabenchor  portait la mention « anonyme ». Inutile de vous dire que c’est un disque que j’ai beaucoup écouté :


En 1998 une nouvelle version est parue en CD par « Musica Antiqua Köln » et les « Gabrieli Consort Players », avec ce coup-ci l’identification de Biber comme compositeur. CD que j’ai également beaucoup écouté et fait partager à de nombreux amis musiciens et mélomanes :


Bref, revenons au samedi 20 octobre, premier jour des vacances de la Toussaint, et ce concert grandiose dans la Chapelle Royale de Versailles, encore sous les échafaudages pour la restauration de sa toiture. Au programme pour débuter, le Te Deum de Lully (1677), déjà une œuvre qui ne peut pas laisser indifférent. Composée pour le baptême de son fils et par la suite exécutée de nombreuses fois pour différents événements jusqu’à ce jour fatal de 1686 ou Lully se blessa au pied en dirigeant son Te Deum, ce qui provoqua la gangrène qui finit par l’emporter.

Plafond de la Chapelle Royale de Versailles
Une somptueuse musique, bien « à la française », élégante et raffinée, parfaitement adaptée au bel écrin de la Chapelle Royale, un pur plaisir ! Des parties de hautbois très présentes et superbement exécutées ce qui a rajouté un plaisir à des oreilles d'hautboïste.
Les Pages du Centre de Musique Baroque de Versailles

Entracte et … le grand frisson à l’idée d’entendre cette immense Messe de Biber que je ne pensais pas un jour pouvoir écouter en direct, tellement cela semble être une prouesse de trouver à la fois, un lieu adapté pour cet effectif imposant, des interprètes et un chef à la hauteur pour un tel monument musical.
Magnifique émotion procurée dès les premières mesures, chœurs, cuivres et timbales, orchestres qui donnent la pleine puissance majestueuse de leurs différentes sonorités.
Tout simplement bouleversant ! Un moment extrêmement intense, j’ai eu l’impression que tout le public vibrait à l’unisson d’entendre cette musique (mais c’est peut-être parce que moi j’aime cette œuvre depuis longtemps et que j’idéalise un peu le fait de l’entendre en concert !!!).
J’ai vraiment ressenti un intense plaisir durant les cinquante et quelques minutes de la Messe, dont de nombreux passages inspirés permettent d’entendre les magnifiques voix solistes, les instruments plus doux comme les flûtes à bec, les hautbois, tous soutenus par un continuo performant et infaillible.  

Une soirée absolument exceptionnelle, un extrême plaisir. 


 Claude Villevieille

* Ce programme tellement exceptionnel aura été donné seulement quatre fois :

   Versailles le 20, Prague le 22, Dresde le 23 et Rome le 25 octobre 2018.

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